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Lambeau Gérard

Publié le 22 août 2025 Mis à jour le 23 février 2026

Gérard Lambeau, chercheur au sein de l'Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC), étudie les mécanismes moléculaires dans les maladies du rein.

LES COULISSES D'UNE CARRIÈRE EN RECHERCHE 

Gérard Lambeau, chercheur au sein de l'Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC), étudie les mécanismes moléculaires dans les maladies du rein.

En quoi consiste vos recherches ?

"Nous travaillons sur 2 axes de recherche :
1. Mécanismes moléculaires et physiopathologiques de PLA2R1 et autres antigènes dans la glomérulonéphrite extra membraneuse, la GEM. Vers une thérapie ciblée… 
2. Mécanismes moléculaire s et physiopathologiques des PLA2 dans l’inflammation et les maladies associées. Nouveaux rôles, notamment dans le cerveau, et recherches d’inhibiteurs de 2ème génération. "

Qu’est-ce que la glomérulonéphrite ?

C’est une maladie auto-immune rénale rare, mais grave. Elle était orpheline avant 2009, depuis 50 ans ! Les patients étaient en errance thérapeutique : Un tiers pouvait entrer en rémission spontanée, un autre tiers pouvait être traités efficacement avec un maintien de la fonction rénale, et le dernier tiers évoluait vers des formes graves, perdait le rein ou avait besoin d’une dialyse rénale ou d’une transplantation rénale, avec un risque de récidive sur greffon important.
Notre équipe, en collaboration avec 2 laboratoires, l’un américain, l’autre allemand, a découvert en 2009 et 2014 2 autoantigènes clés de la maladie : PLA2R1 et THSD7A. PLA2R1 avait été cloné dans le rein humain dans notre équipe en 1994, bien avant que l’on connaisse son implication importante dans cette maladie. PLA2R1 est l’autoantigène majeur de la maladie. Environ 70% des patients ont des anticorps circulants qui ciblent PLA2R1 dans le rein. THSD7A est l’autoantigène pour 3 à 5% d’autres patients qui ont des anticorps contre THSD7A. Ces découvertes ont changé la donne dans la prise en charge des patients. Elles ont permis de développer des tests de diagnostic de la maladie en moins de 2 ans. Ces tests sont maintenant vendus mondialement par Euroimmun, une société en Allemagne, leader dans le diagnostic des maladies auto-immunes. Ces tests sont utilisés en routine en néphrologie, pour diagnostiquer les patients, mais aussi pour mieux les traiter et suivre l’évolution de la maladie. Si le taux d’anticorps est élevé, il faut traiter avec des immunosuppresseurs comme le rituximab. Si le taux descend, le traitement est effectif. Sinon, il faut essayer un autre traitement. Si le taux descend, le rein devrait aller mieux quelques semaines plus tard et le patient devrait entrer en rémission. La surveillance du taux d’anticorps permet de prédire la rechute, etc. Car on ne guérit pas d’une maladie auto-immune comme la GEM. Il existe des phases de rémission et de rechute, à retraiter.
De façon importante, on sait aujourd’hui que ces anticorps sont directement pathogéniques. Ils se lient à PLA2R1 dans le rein, plus exactement aux cellules qui filtrent notre sang en urine chaque seconde. Cette liaison tue ces cellules et provoquent la forte protéinurie observée chez les patients.  

Que vous apporte de parler de vos recherches au grand public ?

- Sensibiliser le grand public à l’importance de la recherche dans leur quotidien, pour aujourd’hui et demain. Sans recherche, pas de téléphone portable, pas de nouveaux médicaments, pas de nouveaux vaccins, etc.
- Donner un éclairage sur la « vraie science », et lutter contre les fake news.

D’où provient le projet AirMN ?

AirMN : auto-immune response in Membranous Nephropathy. C’est donc l’étude détaillée, au niveau moléculaire des anticorps pathogéniques, responsables de la maladie ! un cas rare et « simple » dans les maladies auto-immunes. 

Nous travaillons depuis maintenant 15 ans sur la caractérisation moléculaire de ces anticorps pathogéniques et la réponse immunitaire des patients qui conduit à la maladie rénale : C’est compliqué car les anticorps ont des propriétés uniques : ils sont 100% conformationnels ! un cas assez unique dans les maladies auto-immunes. Cela nécessite une expertise en biochimie et biologie moléculaire pointue pour les étudier. Nous cherchons à savoir comment ces anticorps se forment, combien il y en a chez les patients au moment où ils arrivent à l’hôpital, les patients ont-ils tous les mêmes anticorps, peut-on prédire le risque à venir, comment les traiter au mieux en fonction de leur profil d’anticorps, …? 

L’objectif de l’ANR AirMN est de disséquer et cartographier au niveau moléculaire les anticorps et leur cible, les épitopes dans PLA2R1, une grosse protéine complexe de 1500 acides aminés, 27 ponts disulfures, c’est un peu chercher des aiguilles dans une botte de foin ! et nous voulons faire cela chez des patients au moment du diagnostic, mais aussi avant qu’ils arrivent à l’hôpital. 

Quels sont les résultats obtenus ?

Au moment du diagnostic : des patients iCR vs iC1, deeper and deeper. 
Nous avons découvert que les patients avaient différents profils d’anticorps, et peuvent être classés en 2 groupes : iCR, 60%, Un groupe majeur d’anticorps, meilleur pronostic, et iC1, 40%, 2 groupes majeurs d’anticorps, moins bon pronostic, traitement plus difficile, résistance au traitement.
Nous travaillons actuellement sur l’identification des épitopes moléculaires dans les domaines de PLA2R1 les plus importants, jusqu’à l’obtention des structures cristallines des complexes anticorps-épitopes. Nous venons d’obtenir les premiers complexes par cristallographie et modélisation moléculaires. Cela nous permet de démarrer des programmes de recherche de petites molécules bloquant l’interaction des anticorps avec PLA2R1. De telles molécules pourraient permettre d’aller vers une thérapie ciblée, en combinaison avec les immunosuppresseurs. Et de limiter le recours à ces immunosuppresseurs avec des effets secondaires parfois graves. 


Avant la maladie, pendant l’histoire dite naturelle de la maladie : Nous essayons de remonter le temps, de savoir ce qui s’est passé avant que les patients arrivent à l’hôpital. Comment a pu démarrer la réponse auto-immune, comment elle s’est développée pour aboutir à celle observée lorsque le patient arrive à l’hôpital. Cela pourrait permettre de mieux prévenir l’apparition de la maladie, avant qu’elle ne se déclare. Pour étudier cela, nous bénéficions d’une cohorte de patients uniques : 134 patients américains, des soldats américains pour lesquels le sérum, le sang, a été récupéré entre 1 et 20 ans avant qu’ils n’arrivent à l’hôpital On étudie les profils d’anticorps chez ces patients, pour remonter le temps, si possible. Notre hypothèse est qu’il pourrait y avoir une prédisposition génétique différente entre les patients iCR et iC1, avec des patients qui « déclenchent » la maladie rapidement et d’autres plus lentement. On ne sait pas comment démarre la maladie, avec peut-être plusieurs causes. La pollution est un facteur de risque clairement identifié, avec un démarrage de la maladie dans le poumon comme hypothèse. L’autre serait liée à des débuts de cancer, lorsque nos cellules normales luttent pour ne pas devenir cancéreuses, expriment PLA2R1 de façon aberrante, et ce dernier pourrait devenir la cible du système immunitaire. Cela reste des hypothèses.

Nous venons d’obtenir un financement de la fondation maladies rares et une nouvelle ANR : PLA2R1-MN pour financer ces nouvelles recherches, jusqu’à la preuve de concept de la possibilité d’une thérapie ciblée, enfin c’est ce que nous espérons faire. 

En quoi votre recherche a-t-elle des implications pratiques ou des applications dans le monde réel ?

"2 applications :
On essaie de valider la stratification des patients en groupe iCR et iC1, ayant différents niveaux de risque vers une maladie grave. Cela devrait permettre un meilleur diagnostic et une meilleure prédiction du risque vers des formes graves de la maladie, une aide pour choisir un traitement adapté, plus personnalisé. Nous vérifions nos résultats sur différentes cohortes de patients : françaises, espagnoles et américaines, avec l’aide de plusieurs médecins. C’est une maladie rare, il faut des cohortes internationales !
La 2eme application est d’aller vers une thérapie ciblée, combinée ou pas avec des immunosuppresseurs. Comme je le disais, les anticorps sont pathogéniques. Les empêcher de se lier à PLA2R1 devrait avoir un effet thérapeutique rapide. Nos études montrent que tous les anticorps ciblent les mêmes domaines et épitopes de PLA2R1, mais avec 2 profils différents. "

Ses inspirations et un message pour les jeunes !

"Travailler dur, être insatiable, curieux, un peu rêveur et optimiste, croire en ce qu’on fait, et ne rien lâcher ! 
Avec de la chance et un zeste de sérendipité, on peut trouver un jour quelque chose d’important !
La recherche ne se programme pas, elle se vit tous les jours !"



LA MÉDIATION SCIENTIFIQUE SELON GERARD LAMBEAU

Que vous apporte de parler de vos recherches au grand public ?

"- Sensibiliser le grand public à l’importance de la recherche dans leur quotidien, pour aujourd’hui et demain. Sans recherche, pas de téléphone portable, pas de nouveaux médicaments, pas de nouveaux vaccins, etc.
- Donner un éclairage sur la « vraie science », et lutter contre les fake news."

L'objet de Gérard Lambeau

Pour sortir des sentiers battus, nous avons demandé à ce chercheur de choisir un objet emblématique de ses études.

Le résultat ? Un serpent (en plastique)

"Cette histoire vient de loin, très loin ! et n’aurait jamais dû arriver, sinon par chance, mais avec du travail ! 
Au début de ma thèse, il y a bientôt 40 ans !, j’ai travaillé sur des venins de serpents, plus exactement des toxines majeures présentes dans ces venins de serpent, mais aussi l’abeille, la guêpe ou les méduses. Pour faire l’histoire courte, c’est avec ces toxines, des phospholipases A2, que j’ai pu découvrir PLA2R1, sans trop savoir à quoi il pouvait servir. On cherchait un canal ionique, on a trouvé une protéine de fonction inconnue, à la frontière entre inflammation, immunité et survie, prolifération des cellules, avec des implications possibles dans les maladies associées : cancer, etc. Je ne savais pas que cela me mènerait à travailler sur la GEM, et que PLA2R1 serait l’antigène principal, et qu’il allait révolutionner la prise en charge des patients. "