Imaginez une immense centrale électrique. Tant que tout fonctionne, l’énergie circule, les machines tournent et les mouvements sont fluides. Dans notre cerveau, cette centrale existe : ce sont des neurones spécialisés qui produisent la dopamine, un messager chimique indispensable pour bouger... mais aussi pour apprendre, se motiver ou gérer ses émotions. Dans la maladie de Parkinson, cette centrale tombe peu à peu en panne.
Une maladie en pleine expansion
La maladie de Parkinson est une affection neurodégénérative liée à l’âge, dont la fréquence ne cesse d’augmenter. D’après les projections épidémiologiques, plus de 25 millions de personnes pourraient être touchées dans le monde d’ici 2050. Le vieillissement de la population, mais aussi l’amélioration des méthodes de diagnostic, expliquent en grande partie cette progression. Un enjeu majeur de santé publique, aux conséquences médicales, sociales et économiques considérables.
Au cœur de la maladie se trouve une région du cerveau au nom mystérieux : la substance noire. C’est là que se retrouvent les neurones dopaminergiques, essentiels au contrôle des mouvements. Lorsqu’ils dégénèrent, la production de dopamine chute, entraînant les symptômes moteurs bien connus : tremblements, lenteur des mouvements, rigidité musculaire. Mais Parkinson ne s’arrête pas là. La maladie s’accompagne aussi de symptômes dits « non moteurs » : perte de l’odorat, troubles digestifs, dépression, difficultés cognitives... Autant de signaux qui compliquent le diagnostic et la prise en charge des patients
Des traitements efficaces... mais incomplets
Aujourd’hui, les traitements reposent principalement sur l’administration de L-DOPA, un précurseur de la dopamine. Ils permettent de soulager les symptômes, parfois de façon spectaculaire, mais ne freinent pas la progression de la maladie. Pour aller plus loin, il est donc indispensable de comprendre ce qui se passe à l’intérieur même des neurones. Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent de près à une protéine clé : l’alpha-synucléine. En temps normal, elle joue un rôle bénéfique et contribue à la survie des neurones. Mais lorsqu’elle est mutée, modifiée ou insuFisamment éliminée, elle s’accumule et forme des agrégats toxiques pour les cellules nerveuses.
Ces amas protéiques perturbent le fonctionnement neuronal et sont considérés comme l’une des signatures majeures de la maladie de Parkinson. Comprendre pourquoi et comment l’alpha-synucléine s’accumule est donc un objectif central de la recherche actuelle.
La parkine, bien plus qu’un simple agent de nettoyage
Une autre protéine entre en scène : la parkine. Longtemps connue pour son rôle dans l’élimination des protéines défectueuses, elle agit comme un véritable « service de recyclage » cellulaire. Mais en 2009, une découverte majeure est venue bouleverser ce schéma : la parkine est aussi capable de réguler l’expression de certains gènes, en agissant comme un facteur de transcription. Cette double fonction est cruciale. Lorsque la parkine est altérée – à cause de mutations, du vieillissement ou d’autres mécanismes – plusieurs processus cellulaires se dérèglent. Parmi eux, la régulation de l’alpha- synucléine.
Les travaux récents de l’équipe de recherche de Cristine Alves Da Costa montrent que la parkine joue un rôle clé dans le contrôle de l’alpha-synucléine, à deux niveaux : la régulation de son gène et son élimination par un mécanisme spécifique d’autophagie, appelé autophagie médiée par des chaperons. Ce système agit comme un convoyeur spécialisé, capable de reconnaître et d’acheminer certaines protéines vers leur destruction. Ces résultats renforcent l’importance d’étudier finement ces voies de dégradation, encore trop peu explorées, dans les maladies neurodégénératives.
Vers de nouvelles pistes thérapeutiques
Mieux comprendre ces mécanismes ouvre des perspectives prometteuses. En ciblant les voies de régulation de l’alpha-synucléine et le rôle de la parkine dans les formes les plus courantes – non génétiques – de la maladie, il devient envisageable de développer des approches thérapeutiques qui s’attaquent aux causes, et non plus seulement aux symptômes.
Cet espoir est porté notamment par le projet SynaPark, soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche et dirigé par Cristine Alves da Costa, chercheuse CNRS à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC). À travers ses travaux et ses actions de sensibilisation, la science sort des laboratoires pour mieux éclairer le public... et préparer les traitements de demain.