Projet CROBORA : Comment les archives ont façonné notre image de l'Europe
Le projet CROBORA étudie la circulation des images d'archive dans l'espace médiatique européen, en analysant les réutilisations des archives audiovisuelles à la télévision et sur le Web, mettant l'accent sur les contenus relatifs à l'intégration européenne. L'objectif est de comprendre comment la circulation contribue au sens des images, en interrogeant notamment l'importance des récurrences et les logiques d'autorité et de confiance qui régissent cette circulation. Pourquoi certaines images circulent plus que d'autres ? D'où viennent-elles ?
L’hypothèse forte du projet est que ce qui détermine la circulation des archives – en constituant donc la mémoire visuelle de la construction européenne – n’est pas une décision qui relève uniquement des auteurs des réusages (journalistes, professionnels de l’audiovisuel) mais plutôt la conséquence d’une série de médiations qui peuvent être :
- techniques : la disponibilité des archives par exemple
- interprofessionnelles : la relation entre institutions archivistiques et médias
- culturelles : l’usage d’un document pour une finalité dans un pays ou dans un autre
- historiques : une séquence d’archive peut changer de sens avec le temps
- et d'autres
Les actions d’une multitude d’acteurs déterminent la manière dont une mémoire visuelle circule dans l’espace médiatique : des acteurs humains et non humains (interfaces, auteurs, usagers), institutionnels ou non (institutions européennes, archivistiques ; médias) et appartenant à différents pays européens.
Afin d’approfondir cette hypothèse il faut donc remonter aux réusages des fragments audiovisuels d’archive pour comprendre les parcours. Il s’agit d’identifier quelles archives sont utilisées et comprendre comment un souvenir visuel émerge, est refaçonné selon les époques, les pays et les contextes. Penser les médiations comme des frontières qui consentent ou pas le passage en donnant lieu à des ajustements va permettre d’isoler des instances d’autorité qui déterminent la circulation des archives.
La collecte des données s'appuie donc sur des outils de détection vidéo et se déroule sur un terrain transnational en France et en Italie. L'analyse des récurrences et la généalogie des images reposent sur des méthodes numériques de visualisation, permettant ainsi de développer un Atlas numérique des images symboliques utilisées pour raconter la construction de l'UE et comprendre comment ces fragments audiovisuels sont refaçonnés selon différents contextes
Les résultats obtenus après l'analyse de 35 000 images révèlent des tendances intéressantes. Malgré les attentes initiales de différences entre l'Italie et la France, les similitudes prédominent dans la manière dont les mêmes images sont traitées et réutilisées dans les deux pays. Cette similarité s'explique par la pratique professionnelle établie, la familiarité du public avec ces images et la facilité de réutilisation qu'elles offrent. De plus, une évolution est observée dans la représentation de l'Europe dans les médias, passant d'une entité abstraite à un acteur concret au fil des années. L'émergence d'un espace public européen se manifeste également, avec une cohérence dans les sujets abordés et les perspectives adoptées par les médias français et italiens.
Découvrez le portrait de Matteo Treleani à l'origine du projet CROBORA !
Vidéos Échoscientifique avec la chaine Youtube "Linguisticae"
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